par Thierry Piolatto
Une trajectoire vers la chirurgie dessinée depuis l’enfance avec une force silencieuse
Un besoin viscéral de reconstruire
J’avais dix ans lorsque mon père, mécanicien sur les bases américaines, brisa une vitre dans un geste accidentel. Les éclats de verre sectionnèrent les nerfs et les tendons de son poignet, le privant de l’usage de sa main. Pendant des années, je l’ai accompagné, de greffes en greffes, d’espoirs en frustrations, observant les chirurgiens tenter de lui rendre ce qui lui avait été enlevé.

Cette période a été déterminante : J’ai compris très tôt que je deviendrais chirurgien. C’était une promesse intime née d’un besoin profond de réparer, non seulement vis à vis de mon père, mais également des autres.
Passionné d’anatomie, je suis devenu Professeur à la Faculté de Bichat Beaujon. J’ai ensuite commencé ma carrière en chirurgie générale, une spécialité lourde et exigeante, qui impose une rigueur absolue. Cette discipline m’a formé dans ce qu’il y a de plus essentiel, la précision du geste, la capacité à décider vite, l’exigence envers soi-même. Puis je me suis orienté vers la cancérologie, étape qui a profondément marqué mon parcours. Dans cette spécialité, on est amené à enlever pour sauver. J’ai eu à réaliser de nombreuses mastectomies, affrontant chaque fois la violence d’un geste pourtant vital. Derrière les techniques, je voyais ces femmes, leur histoire, leur fragilité, leur force. À force de « retirer pour guérir », j’ai ressenti un besoin presque viscéral : celui de reconstruire. La chirurgie plastique s’est alors imposée à moi comme une évidence, une continuité naturelle de mon histoire personnelle et professionnelle. Dans cette discipline, j’ai trouvé l’équilibre parfait, celui d’une chirurgie qui restitue, qui répare, une chirurgie où la technicité la plus pointue s’allie à la dimension humaine la plus intime. Restaurer une image, une féminité, une confiance : c’est là que j’ai trouvé ma place, et c’est là que je me sens pleinement chirurgien.
Mes mentors sont des professeurs exigeants tout comme mes patients
J’ai eu la chance d’être formé en France, aux Etats-Unis, au Brésil ou en Israël par des maîtres exigeants, passionnés, qui n’avaient qu’une obsession, la perfection du geste et la sécurité du patient. Certains professeurs hospitalo-universitaires, comme le Pr Ady Steg et le Pr Yvo Pitanguy, ont marqué mon parcours en m’apprenant que l’expérience ne valait rien sans transmission. En France, les techniques du lifting développées par le Pr Vladimir Mitz m’ont fortement inspirées. Mais finalement, mes vrais mentors, ce sont mes patientes et patients, celles et ceux qui vous obligent à réfléchir autrement, à ajuster et à innover.
Pour pratiquer dans de bonnes conditions, j’ai souhaité très vite acquérir une Clinique
L’idée d’acquérir une Clinique est née d’une conviction à 30 ans : Pour pratiquer une chirurgie esthétique sûre, moderne et exigeante, il me fallait un écrin de choix qui m’élèverait. J’ai voulu créer un lieu où le confort, l’éthique et la rigueur puissent se rencontrer et cohabiter en harmonie. La Clinique Eiffel est née de cette vision : Offrir un cadre hautement sécurisé, doté des technologies les plus avancées, avec une équipe engagée et formée pour répondre aux standards de sécurité les plus élevés. Mais devenir Directeur de Clinique, c’est aussi prendre conscience que l’on ne travaille plus seulement avec ses mains, mais aussi avec des équipes, des organisations, des tutelles, des responsabilités humaines et administratives importantes. Avec les autres chirurgiens (une cinquantaine aujourd’hui, ce qui en fait l’une des cliniques les importantes de France et d’Europe), j’entretiens des relations fondées sur la confiance et l’exigence. Jamais la compétition ou le défi. Nous partageons le même plateau technique, les mêmes valeurs, les mêmes objectifs : une chirurgie éthique, moderne et sûre.
Ce que l’histoire retiendra ?

J’aimerais que l’on retienne que j’ai défendu une chirurgie naturelle, harmonieuse et respectueuse du patient, loin des clichés d’exagération. Il y a aussi quelque chose de fondamental pour moi depuis l’adolescence : L’engagement humanitaire. J’ai toujours pensé que la chirurgie devait dépasser les murs d’un bloc opératoire. A 14 ans déjà, j’étais engagé dans des actions de solidarité, et cet élan ne m’a jamais quitté. Mettre ma discipline au service de ceux qui n’ont rien, là où le besoin est vital, a toujours guidé mes choix. J’ai eu l’honneur de participer à des missions dans des zones extrêmement éprouvées : Le Darfour, Haïti après le tremblement de terre, le Sud-Soudan, la Côte d’Ivoire pour les enfants atteints du Noma ou encore des programmes humanitaires en Éthiopie et à Jérusalem. Je suis, dès les attaques du 7 octobre, également parti soigner les victimes, étant Professeur à l’hôpital Hadassah de Jérusalem. Chaque fois, j’ai été rappelé à l’essentiel : La dignité humaine, la vulnérabilité et la responsabilité qui est la mienne en tant que chirurgien. Pendant la crise sanitaire du COVID, j’ai aussi initié l’opération « 500 000 masques » pour équiper gratuitement les hôpitaux et EHPAD franciliens. Spirituellement, Einstein et Spinoza alimentent mes pensées, me définissant comme agnostique.
L’avenir est passionnant
La robotique, l’intelligence artificielle, l’imagerie 3D, la simulation prédictive… Tout cela va révolutionner la manière d’évaluer, de planifier et d’exécuter les gestes. J’envie les jeunes chirurgiens qui démarrent et qui vont découvrir ce nouveau monde. Mais une chose ne changera jamais : La relation humaine. Aucune technologie ne remplacera l’écoute, le jugement clinique, la sensibilité artistique. L’IA reste un outil, pas une intention.
Ma vie de famille occupe une place essentielle dans mon équilibre
Ma famille m’accompagne et me soutient. En dehors du bloc, je préserve des moments simples et de partage (dont le ski et le tennis) et l’écriture y tient une place toute particulière. Je viens d’ailleurs de publier un ouvrage intitulé « Chirurgien de l’Âme ». C’est un livre d’introspection qui retrace quarante ans de carrière, quarante ans de visages, de parcours de vie, d’émotions. J’y explique que la chirurgie plastique n’est pas seulement une chirurgie du corps, c’est aussi une chirurgie de l’âme. Derrière chaque geste technique, il y a une histoire humaine, un regard à reconstruire, une confiance à rétablir. Cet ouvrage est un peu la synthèse de tout ce que ma pratique m’a appris : Réparer un corps, c’est parfois aussi aider quelqu’un à se retrouver lui-même.
Un film que j’apprécie ? « Il faut sauver le soldat Ryan » ! Ce qui me touche dans cette histoire, c’est l’idée qu’une armée entière — presque une Nation — accepte de tout mobiliser pour sauver un seul homme. Même si cet homme peut déjà être mort, on considère que sa vie compte, qu’elle mérite qu’on se batte pour elle. C’est une vision très forte de ce que valent la loyauté, le devoir et la dignité humaine. Un livre de chevet ? Sans hésiter « l’insoutenable légèreté de l’être » de Milan Kundera !
Où le trouver ? Clinique Eiffel, 6 Sq. Pétrarque, 75116 Paris



