Dr Patrick Trevidic
Après 10 ans de recherche et 3 articles scientifiques publiés, le Professeur Patrick Trevidic nous parle de sa nouvelle technique de lifting qui permet d’optimiser cette procédure en contrôlant la spasicité du muscle du cou. Elle entraine 30% de récidive au bout d’un an si non traitée.
Interview par Thiery Piolatto.
Un lifting coûte cher !

Il faut rappeler qu’optimiser les effets d’un lifting sur le temps est particulièrement intéressant, le prix d’une telle opération pouvant être compris entre 8 et 15 000 euros. Le Dr Trevidic est un ardent défenseur de cette procédure car pour lui, même s’il existe des techniques moins invasives comme les fils tenseurs résorbables qui doivent être renouvelés tous les 12 à 24 mois ou les séances de radiofréquence ou d’ultrasons également à répéter régulièrement, investir dans un lifting reste économique. Il souligne également le fait que les suites opératoires se sont au fil des ans considérablement allégées en passant d’une convalescence de 2 à 4 semaines il y a 10 ans à 7 à 10 jours actuellement. Enfin, les visages tirés sont de l’histoire ancienne avec notamment l’arrivée de technique comme le « Deep Plane » qui consiste à repositionner les tissus profonds et non à tirer la peau. Nous avons demander au Pr Patrick Trevidic de nous expliquer la technique qu’il a mise au point pour maintenir les effets d’un lifting sur du long terme, Allure Lift.
ANTI-AGE MAGAZINE : Quel est le gain de cette technique ?

Pr. Patrick trévidic : Nous pouvons ramener le taux de récidive de 30% à 5%. C’est un changement de paradigme. Au départ nous l’avons appelé avec notre groupe Expert 2 Expert le « Denervation Neck Lift » pour les praticiens mais nous avons finalement opté pour Allure Lift. Nous avons beaucoup réfléchi aux échecs des liftings sur le cou et en étudiant le vieillissement, on pensait que nos muscles perdaient de la puissance avec l’âge mais en fait sur le visage, ce n’est pas le cas avec des muscles qui gagnent en force. C’est un peu vrai aussi pour le pli d’amertume mais plus marquant pour le muscle du cou. Autre exemple avec le sourcil : sur 150 patients étudiés, 1/3 avaient le sourcil stable, 1/3 un sourcil qui remontait et 1/3 qui retombait. Pour moi, le lifting chirurgical permet toujours des résultats spectaculaires. Mais il est vrai que les cordes platysmales qui deviennent proéminentes avec le temps restaient un véritable défi même pour les meilleurs spécialistes.
AAM : Quelle est la technique ?

Pr. P.T. : Le vieillissement du cou se caractérise par l’apparition de cordes verticales que l’on appelle cordes platysmales, et de rides horizontales connues sous le nom de collier de Vénus. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ces stigmates du vieillissement ne sont pas causés par l’affaissement des tissus mais par l’action d’un muscle superficiel du cou, le platysma. On a observé qu’avec l’âge, celui-ci avait tendance à se tendre avec pour effet de tirer la peau et la graisse vers le bas, entraînant l’apparition des rides horizontales. C’est une étude de 2017 réalisée sur des patients avec paralysie faciale unilatérale définitive non spasmodique qui l’a démontré. Ces personnes présentaient en effet une bande du platysma du côté non paralysé alors qu’elle était absente du côté atteint, révélant ainsi que ces structures n’étaient pas secondaires à un relâchement cutané ou musculaire, mais bien consécutives à l’hyperactivité du muscle platysma. De plus, ces patients montraient peu de ptose cutanée du côté paralysé par rapport au côté non paralysé, suggérant que la peau du cou suit la localisation et l’action du muscle platysma et non l’inverse. C’est grâce à cette étude qu’un nouveau paradigme chirurgical est apparu, passant de la traditionnelle remise en tension des structures du cou au ciblage de leur cause probable, l’activité musculaire excessive par dénervation du platysma. Dans la technique Allure Lift, nous sectionnons les branches nerveuses entrant dans le platysma après les avoir localisées. Dans les résultats, cela peut se rapprocher de l’emploi de la toxine botulique. Avant lorsqu’il y avait une récidive après 1 an, 1 an et demi, la patiente nous disait : « Attention, ce n’est plus aussi tendu qu’avant ». Nous lui faisions alors des injections de toxine pour compenser, procédure également appelée le Nefertiti Lift. Mais lorsque les injections fonctionnent moins bien, il est indubitable que notre technique chirurgicale peut suppléer celles-ci.
L’intérêt de cet apport ? Quand vous avez fait une opération qui peut durer 2 à 3 heures et que vous êtes ravie du résultat mais qu’au bout d’un an, un lifting durant normalement une dizaine d’années, que vous voyez que le cou recommence à se retendre (à retomber) parce que vous n’avez pas dénervé ce muscle, c’est dommage de ne pas essayer de faire encore mieux. La technique ne prend au chirurgien que 30 minutes de plus, un investissement rentable au vu des résultats.
AAM : C’est une chirurgie qui évolue ?
Pr. P.T. : Oui nous essayons de faire évoluer les techniques et d’en faire bénéficier le plus grand nombre, de les disperser auprès des praticiens. Notre groupe d’experts est très ouvert et lors du dernier congrès de la Société Française de Chirurgie Plastique, j’ai d’ailleurs abondamment communiquer sur Allure Lift.
AAM : Constate-on des effets non désirés ?
Pr. P.T. : Depuis plus de 4 ans, nous n’avons pas noté d’effets indésirables. Au moment de publier le dernier article scientifique, j’avais déjà opéré 80 patientes qui ont été suivies en étude. Notre recul est déjà de 4/5 ans.
Dr Patrick Trevidic

Chirurgien spécialiste en chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique. Chef de service de chirurgie plastique et reconstructrice à l’hôpital Sainte-Anne à Paris. Il intervient régulièrement dans de nombreux congrès internationaux. Il a rédigé plus d’une soixantaine d’articles dans di érentes revues et journaux scienti ques aux États-Unis et en Europe. Il dirige de nombreuses études cliniques.
Plus d’infos : trevidic.com



