Positionnement scientifique en tant que complément « anti-âge » et agent du sommeil, versus antagonistes de l’orexine
Par le Dr Catherine de Goursac
1. Physiologie : mélatonine et rythmes circadiens
La mélatonine est aujourd’hui l’un des compléments les plus étudiés dans le domaine du sommeil, du vieillissement cérébral et de la régulation circadienne. En 2025, son intérêt dépasse largement la simple fonction d’aide à l’endormissement : elle s’inscrit dans une réflexion plus large sur la santé métabolique, la neuroprotection et la qualité du sommeil profond, indispensable au « brain washing » — le processus glymphatique qui élimine les déchets neurotoxiques. Il est intéressant de la comparer aux antagonistes de l’orexine, une nouvelle classe thérapeutique désormais essentielle dans l’arsenal contre l’insomnie.
La mélatonine est une hormone produite par la glande pinéale à partir du tryptophane via la sérotonine. Sa sécrétion est contrôlée par l’horloge circadienne située dans le noyau suprachiasmatique (NSC) de l’hypothalamus.
La lumière inhibe sa synthèse, l’obscurité l’augmente, créant ainsi un signal nocturne synchronisant l’ensemble des rythmes biologiques (sommeil, température corporelle, sécrétion hormonale).

La sécrétion atteint un pic entre 10 et 20 ans et décroît progressivement dès 35–40 ans, puis plus nettement après 55–60 ans (Zeman et al., Endocrine Regulations 2022).
Conséquences de la baisse liée à l’âge :
- Difficulté d’endormissement
- Réduction du sommeil profond
- Désynchronisation circadienne
- Augmentation du stress oxydatif et de l’inflammation nocturne
2. Mélatonine et vieillissement cérébral
La réduction de la sécrétion nocturne est accentuée dans le vieillissement pathologique et dans la maladie d’Alzheimer.
2.1. Effets neuroprotecteurs documentés expérimentalement
- Antioxydant puissant (Reiter et al., Cells 2022)
Neutralisation directe des radicaux libres et stimulation des enzymes antioxydantes. - Effet pro-glymphatique (brain washing)
Le sommeil profond améliore l’activité du système glymphatique ; en améliorant l’initiation du sommeil, la mélatonine peut contribuer indirectement à une meilleure clairance cérébrale. - Effets anti-amyloïdes
Inhibition de l’agrégation de β-amyloïde et facilitation de sa clairance (Pappolla et al., J Pineal Res 1998). - Effets anti-tau
Réduction de l’hyperphosphorylation tau (Shukla et al., Front Aging Neurosci 2021). - Régulation circadienne
Stabilisation des rythmes veille/sommeil, bénéfique pour le comportement et la cognition.
Attention : ces effets sont démontrés chez l’animal et en culture cellulaire, mais non confirmés dans des essais cliniques robustes chez l’humain.
3. Mélatonine et cancer : état des preuves en 2025

3.1. Cancer du sein
Les données sont cohérentes mais principalement précliniques.
Mécanismes suggérés :
- Réduction de l’aromatase et du gène CYP19A1 (Jin et al., Cancers 2021)
- Modulation du récepteur ERα
- Effet antiprolifératif (NF-κB, p53, Bcl-2)
- Antioxydant et protecteur de l’ADN
- Expression tumorale de MT1 associée à meilleur pronostic (Pistiolis et al., Breast Cancer Res Treat 2025)
Les études humaines épidémiologiques montrent que travail nocturne + suppression chronique de la mélatonine = augmentation du risque de cancer du sein, mais la supplémentation n’est pas officiellement préventive.
3.2. Cancer de la prostate
Résultats positifs uniquement en modèle animal et cellulaire :
- Inhibition de la prolifération de cellules prostatiques
- Modulation des récepteurs androgéniques
- Effets anti-angiogéniques (VEGF), pro-apoptotiques et anti-inflammatoires
Aucune preuve clinique solide chez l’humain en 2025.
4. Mélatonine et sommeil : indications et limites
4.1. Indications validées
- Jet lag : standard international pour resynchronisation circadienne.
- Troubles de l’endormissement : effet modeste mais démontré (Ferracioli-Oliveira, Sleep Med Rev 2023).
- Réveils nocturnes : la forme LP (Circadin®) peut être utile mais avec une efficacité limitée.
4.2. Comparaison avec les antagonistes de l’orexine (DORA)
Les DORA (Dual Orexin Receptor Antagonists) comme daridorexant (Quviviq®) sont approuvés en France depuis 2024 pour insomnie avec réveils nocturnes.
Mécanisme :
- Blocage de l’orexine, molécule qui maintient l’état d’éveil.
- Favorise un sommeil physiologique, sans dérégler le sommeil profond, à la différence des hypnotiques classiques (benzodiazépines, z-drugs).
- Améliore le système glymphatique ou Brain Washing (édéger & Nedergaard, Science 2020) à contrario des somnifères classiques. Donc serait protecteur des dégénérescences neuro-cérébrales.
Les deux approches peuvent être complémentaires, car elles n’agissent pas sur les mêmes circuits.
5. Effets secondaires de la mélatonine
Fréquents (souvent transitoires)
- Somnolence matinale
- Rêves intenses/REM augmenté
- Céphalées
- Nausées légères
- Sensation de froid (baisse de la température corporelle)
- Hypotension légère
Rares
- Exacerbation d’idées noires chez sujets vulnérables
Non-observés
- Addictions
- Syndrome de sevrage
- Effet rebond
- Risques cognitifs (contrairement aux hypnotiques classiques)
6. Problème majeur : variabilité des compléments alimentaires de mélatonine.
Étude JAMA 2017 + mises à jour 2023 → les produits non pharmaceutiques de mélatonine présentent :
- de –80 % à +400 % de variation par rapport à l’étiquette,
- présence fréquente d’autres molécules (notamment sérotonine).
Les formes pharmaceutiques (Circadin®) sont stables, testées et sûres.
Dr Catherine de Goursac

Experte dans les techniques de médecine esthétique depuis 30 ans. Enseignante à la faculté de médecine depuis 2017, membre du CA de l’AFME : Association Française de Médecine Esthétique, membre du CA du SNME : Syndicat National de Médecine Esthétique, membre définitif de la Société française de médecine esthétique.
Références scientifiques (sélection 1998–2025)
Physiologie & sommeil
- Zeman M. et al. Endocrine Regulations 2022.
- Ferracioli-Oliveira D. et al. Sleep Medicine Reviews 2023.
- Edéger L., Nedergaard M. Science 2020 (glymphatic system).
- European Sleep Research Society Guidelines 2024.
Neuroprotection
- Reiter R. et al. Cells 2022.
- Pappolla M. et al. Journal of Pineal Research 1998.
- Shukla M. et al. Frontiers in Aging Neuroscience 2021.
- Cardinali D. Neurosignals 2023.
Cancers
- Jin H. et al. Cancers 2021.
- Pistiolis L. et al. Breast Cancer Research and Treatment 2025.
- Hill S., Blask D. Endocrine-Related Cancer 2019.
Qualité des compléments
- Erland LA., Saxena PK. JAMA 2017 & update 2023.
Antagonistes de l’orexine
- Dauvilliers Y. et al. Lancet Neurology 2022.
- FDA/EMA daridorexant approvals 2022–2024.
- Mignot E. Nat Rev Neurol 2023.

