Par le Dr Catherine de Goursac
Introduction
Connus depuis plus de 30 ans en médecine curative, les polynucléotides – principalement des polymères de nucléotides purifiés dérivés de PDRN (Polydeoxyribonucleotide) ou d’ADN fragmenté de saumon – connaissent depuis 2023–2025 un essor majeur en médecine esthétique régénérative, en particulier pour des traitements non volumateurs (fin de l’ère du « Pillow Face »).
Ces polymères d’acide désoxyribonucléique stimulent puissamment les fibroblastes et activent les mécanismes de réparation tissulaire. Leur extraction à partir de laitance de saumon ou de truite garantit une pureté élevée (>95 %) sans risque immunologique. Leur faible poids moléculaire (50–1500 kDa) assure une excellente tolérance.

1. Que faire devant une peau fripée après injectable ?
Inducteurs de collagène classiques
Acide polylactique, hydroxyapatite de calcium, polydiaxonone, polycaprolactone… efficaces mais :
- pro-inflammatoires,
- génèrent du volume,
- actifs seulement tant que le produit reste en place.
Médecine régénérative : l’essor des polynucléotides
Découverts via les collègues coréens, ukrainiens et italiens, les polynucléotides sont devenus un outil central dans ma pratique d’esthétique régénérative. Lors de ma conférence de 2023 à Paris, seuls 2 médecins les utilisaient en esthétique ; aujourd’hui, ils sont adoptés par les professionnels européens, américains et les célébrités, séduits par l’amélioration de la qualité cutanée.
2. Historique médical des polynucléotides
Cela fait bien longtemps que les polynucléotides sont utilisés contre la senescence.
Rhumatologie (depuis 1997)
- Régénération du cartilage, stimulation des ostéoblastes.
- Action anti-inflammatoire puissante via les récepteurs A2A de l’adénosine.
- Comparé au Méthotrexate dans certaines études.
- Initialement : grosses articulations (genou) → désormais : petites articulations.
Ophtalmologie (depuis 2004)
Traitement des :
- lésions cornéennes,
- sécheresses sévères.
Projections : lentilles délivrant du PDRN et collyres de nouvelle génération.
Gastro-entérologie (depuis 2003)
- Amélioration des ulcères gastriques, réduction de l’inflammation.
- Régénération des entérocytes.
- Applications potentielles : RCH, Crohn, ischémie colique.
Gynécologie (depuis 2013)
- Atrophie vulvo-vaginale,
- Lichen scléreux,
- Inflammation chronique.
Angiologie
- Amélioration des ulcères variqueux.
- Restauration du flux artériel via activation du VEGF.
- Intérêt majeur pour la microangiopathie diabétique.
Dermatopathologie
- Cicatrices atrophiques / hypertrophiques.
- Hyperpigmentation et uniformisation du teint.
- Amélioration de la trophicité des muqueuses et de la peau
3. Modes d’action des polynucléotides
A. Action anti-inflammatoire (A2A récepteurs)
- Inhibition NF-κB
- ↓ IL6, IL12, IL1β, TNFα
- ↑ IL10
B. Accélération de la cicatrisation
- Activation du VEGF et bFGF
- Augmentation du collagène I & III
- Migration et prolifération fibroblastique
C. Action antioxydante
- Piégeage des radicaux libres (•OH, ROO•, O2•−)
- ↓ stress oxydatif
- Protection membrane fibroblastique
D. Effet hydratant profond
- Interaction électrostatique → réseau hydrophile dermique
- Effet comparable à l’acide hyaluronique de bas poids moléculaire
E. Restauration de l’ECM (matrix extracellulaire)
- ↑ collagènes I, III, IV
- ↑ fibronectine
- Réorganisation de l’élastine
- Régulation des MMP et protection anti-UV
F. Effets vasculaires
- ↑ microangiogenèse
- ↑ perfusion locale
G. Action sur la mélanogenèse
- ↓ tyrosinase
- ↓ MITF
- ↓ TRP-1
4. Applications esthétiques
Indications
- Vieillissement cutané
- Chute des cheveux
- Rides d’expression
- Rides « accordéon »
- Décolleté fripé, poignets froissés
- Zones sensibles (paupières inférieures)
Concentrations usuelles
- 7,5–10 mg/ml : paupières inférieures, cheveux
- 20 mg/ml : zones froissées du visage
- Possibilité d’association avec acide hyaluronique non réticulé
5. Chute des cheveux
- Stimulation des bulbes
- Arrêt de la chute → repousse possible selon génétique
- Synergie : laser 1927 nm, PRP
Protocole :
- 2 séances / mois × 3 mois → arrêt de la chute
- Puis 1 séance / mois jusqu’à repousse
6. Rajeunissement des paupières inférieures
- Zone difficile (risque Tyndall avec AH)
- Pas d’éviction sociale
- Amélioration texture, ridules, densité
Protocole : 4–5 séances à 15 jours–1 mois.
7. Effet Glow et anti-aging global
- Souvent associés à un AH non réticulé
- Magnification du teint
- Réduction des rides fines
- 3 à 6 séances selon vieillissement
8. Effets secondaires
Les polynucléotides sont :
- non immunogènes
- non allergéniques
- non mutagènes
- sans risque viral
Effets observés :
- œdème léger,
- ecchymoses,
- papules transitoires.
9. Durée d’action

Bien que la demivie soit courte, les effets persistent longtemps car ils relancent la régénération endogène.
Certaines améliorations persistent 11 à 21 mois.
Conclusion
Les polynucléotides constituent une avancée majeure en médecine esthétique et antiâge :
- régénération profonde,
- hydratation durable,
- amélioration de la trophicité cutanée,
- repousse capillaire potentielle,
- sécurité remarquable.
Ils nécessitent encore des études complémentaires, mais leur profil actuel est extrêmement prometteur.
Dr Catherine de Goursac

Experte dans les techniques de médecine esthétique depuis 30 ans. Enseignante à la faculté de médecine depuis 2017, membre du CA de l’AFME : Association Française de Médecine Esthétique, membre du CA du SNME : Syndicat National de Médecine Esthétique, membre définitif de la Société française de médecine esthétique.
Références (sélection)
- Squadrito F., Bitto A. Therapeutic properties of PDRN. Pharmacol Res. 2020.
- Cervelli V. et al. Clinical use of PDRN in aesthetic medicine. Aesthetic Plast Surg. 2021.
- Shin JW. Regenerative injectables in Asian aesthetic practice. Dermatol Surg. 2023.
- Cho SB. Polynucleotides in skin regeneration. J Cosmet Dermatol. 2024.
- Galeano M. PDRN stimulates angiogenesis. Wound Repair Regen. 2008.
- Kim W. PDRN in knee osteoarthritis. Clin Orthop Surg. 2020.
- Park Y. PDRN vs HA in OA. BMC Musculoskelet Disord. 2022.
- Jeong DU. Achilles tendinopathy. J Orthop Surg Res. 2018.
- Kim YS. Lateral epicondylitis. Clin Rehabil. 2019.
- Ceravolo I. Corneal regeneration model. 2022.
- Guizzardi S. PDRN and fibroblast proliferation. Life Sci. 2003.
- Gallo M. PDRN and wound repair. 2008.
- Études gynécologiques 2014–2018 (Mazzurana, Kim, et al.).

