Par le Dr Catherine de Goursac
Pendant des millénaires, l’être humain a vécu comme chasseur-cueilleur, essentiellement à l’extérieur et peu vêtu, puis comme paysan, toujours largement exposé au soleil. Cette exposition solaire quotidienne permettait une synthèse cutanée suffisante de vitamine D, adaptée aux besoins physiologiques.
Nos conditions de vie ont profondément changé au cours des derniers siècles. Aujourd’hui, nous vivons majoritairement en intérieur, sommes largement vêtus, utilisons des écrans solaires, et résidons souvent à des latitudes supérieures à 35°, où l’irradiation UVB est insuffisante une grande partie de l’année. Or, plus de 80 % des apports en vitamine D proviennent de l’exposition solaire cutanée.

La synthèse endogène de vitamine D dépend de nombreux facteurs : latitude, saison, âge, pigmentation cutanée, surface corporelle exposée, vêtements et utilisation de crèmes solaires. À cela s’ajoutent les effets de la vie moderne, marquée par une diminution de la dépense énergétique et des apports alimentaires, naturellement pauvres en vitamine D.
La littérature scientifique estime ainsi qu’environ 80 à 90 % de la population présente des taux suboptimaux de 25-hydroxyvitamine D. L’expérience clinique me confirme ces données car j’ai pris l’habitude de tester les patients et même les sujets patients travaillant à l’extérieur, tels que les horticulteurs ou les professionnels du BTP, sont fréquemment carencés.
Longtemps réduite à son rôle dans la minéralisation osseuse, la vitamine D est aujourd’hui reconnue comme une hormone pléiotrope, impliquée dans de nombreux processus biologiques : vieillissement, immunité, inflammation, neurodégénérescence, fertilité et métabolisme énergétique mitochondrial. Par l’intermédiaire de son récepteur nucléaire (VDR), elle régule directement ou indirectement l’expression de plus de 1 000 gènes.
VITAMINE D ET IMMUNITÉ

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Lors de la première vague de la pandémie de COVID-19 en 2020, la supplémentation en vitamine D a été largement recommandée, en raison de données montrant son rôle protecteur vis-à-vis des infections virales respiratoires.
La vitamine D est aujourd’hui considérée comme un pilier central de l’immunité, intervenant à la fois sur l’immunité innée et l’immunité adaptative.
Immunité innée
La vitamine D stimule la production de peptides antimicrobiens, notamment la cathelicidine cutanée (LL-37) et les défensines. Elle augmente l’activité des macrophages et renforce les barrières épithéliales cutanée, intestinale et pulmonaire.
Son action sur la perméabilité intestinale et la dysbiose est particulièrement importante, sachant que près de 70 % du système immunitaire est d’origine intestinale.
Immunité adaptative
La vitamine D module l’activation des lymphocytes Th1 et Th17, limite la production de cytokines pro-inflammatoires telles que l’IL-6 et le TNF-α, et favorise un profil immunitaire plus tolérant. Elle réduit la production d’auto-anticorps et diminue le risque ou l’activité de plusieurs maladies auto-immunes.
Une supplémentation est ainsi recommandée chez les patients atteints de sclérose en plaques, avec une réduction démontrée du risque de poussées. Des données concordantes existent également pour le lupus, le diabète de type 1 et la polyarthrite rhumatoïde.
VITAMINE D ET NEURODÉGÉNÉRESCENCE
Ce sujet m’est particulièrement sensible pour des raisons familiales.
La vitamine D est aujourd’hui considérée comme une neuro-hormone. Le cerveau exprime à la fois le récepteur VDR et l’enzyme 1-α-hydroxylase, permettant une activation locale de la vitamine D, notamment dans le cortex, l’hippocampe et le cervelet.
La vitamine D exerce un effet neuroprotecteur direct par la diminution de l’apoptose neuronale et l’augmentation des facteurs neurotrophiques (NGF, BDNF, GDNF).
Elle améliore également la fonction mitochondriale neuronale : augmentation de la production d’ATP, réduction du stress oxydatif et protection de l’ADN mitochondrial. Or, la dysfonction mitochondriale constitue un mécanisme central des maladies neurodégénératives telles que la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson.
Par son action anti-inflammatoire et immunomodulatrice, la vitamine D contribue également à la réduction des dépôts amyloïdes et à la diminution de l’hyperphosphorylation de la protéine Tau.
Elle apparaît ainsi essentielle à la mémoire, à l’apprentissage et à la résilience neuronale face au stress et au vieillissement.
VITAMINE D ET SOPK
La prise en charge du syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) reste imparfaite. Pourtant, 60 à 85 % des femmes atteintes présentent une hypovitaminose D, suggérant un rôle physiopathologique réel et non simplement associé.
La vitamine D améliore l’insulinorésistance, mécanisme central du SOPK, en augmentant la sensibilité à l’insuline et en réduisant l’inflammation de bas grade. Or, l’insulinorésistance stimule la production ovarienne d’androgènes, inhibe l’ovulation et favorise la prise de poids.
Un déficit en vitamine D aggrave donc l’hyperandrogénie et l’anovulation. Les études montrent qu’une supplémentation permet de réduire les taux de testostérone, de favoriser la conversion des androgènes en œstrogènes, et d’améliorer la fertilité ainsi que la régularité ovulatoire.
UN RÉGULATEUR MAJEUR DE L’INFLAMMATION
La vitamine D est l’un des plus puissants modulateurs physiologiques de l’inflammation. Contrairement aux anti-inflammatoires pharmacologiques, elle ne supprime pas la réponse inflammatoire mais la rééquilibre.
Elle inhibe les cytokines pro-inflammatoires (TNF-α, IL-6, IL-1β, IFN-γ) et augmente les médiateurs anti-inflammatoires, notamment l’IL-10 et les lymphocytes T régulateurs.
La carence en vitamine D est ainsi associée à l’inflammation chronique de bas grade, impliquée dans l’obésité, le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires et les maladies auto-immunes.
ET LA SUPPLÉMENTATION ?
La supplémentation en vitamine D est bien intégrée chez le nourrisson et la personne âgée, mais reste largement insuffisante chez l’adulte.
Les doses doivent être individualisées selon l’âge, l’exposition solaire et le taux initial de 25(OH) vitamine D.
Un excès chronique peut entraîner une hypercalcémie, responsable de nausées, asthénie, confusion et calcifications tissulaires, ce qui justifie une approche raisonnée, personnalisée et médicalisée.
Dr Catherine de Goursac

Experte dans les techniques de médecine esthétique depuis 30 ans. Enseignante à la faculté de médecine depuis 2017, membre du CA de l’AFME : Association Française de Médecine Esthétique, membre du CA du SNME : Syndicat National de Médecine Esthétique, membre définitif de la Société française de médecine esthétique.
RÉFÉRENCES SCIENTIFIQUES
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- Lerchbaum E, Obermayer-Pietsch B. Endocrine. 2012.
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