Par le Dr Catherine de Goursac
Le sommeil est un processus biologique fondamental, modulé par l’horloge circadienne et organisé en cycles comprenant trois grandes phases : sommeil léger, sommeil profond et sommeil paradoxal (REM). Chacune joue un rôle essentiel dans la récupération physique, la plasticité neuronale, la consolidation mnésique et le maintien de l’équilibre émotionnel. Les connaissances émergentes sur la physiologie du sommeil, notamment le rôle du système glymphatique dans le brainwashing et des réseaux neuronaux de l’orexine, modifient aujourd’hui les stratégies de prise en charge de l’insomnie, particulièrement chez la personne âgée.
1. Architecture du sommeil : rappel physiologique
Le sommeil léger (N1–N2) représente la porte d’entrée du sommeil : relâchement musculaire, ralentissement progressif des ondes cérébrales et décrochage sensoriel.
Le sommeil profond (N3) constitue la phase réparatrice : sécrétion d’hormone de croissance, régulation immunitaire, restauration énergétique et activation du système glymphatique, mécanisme clé d’élimination nocturne des déchets neuronaux tels que β-amyloïde et tau.
Le sommeil paradoxal (REM), riche en activité cérébrale, participe à la consolidation mnésique, la créativité, la régulation émotionnelle et la plasticité synaptique.
Ces proportions évoluent tout au long de la vie : sommeil polyphasique riche en REM chez le nourrisson, abondance de N3 chez l’enfant, déficit fréquent chez l’adolescent, stabilité chez l’adulte et fragmentation progressive chez la personne âgée (>65 ans), avec une réduction marquée du N3 et du REM et une fragilité accrue aux troubles du sommeil (apnées, insomnie, jambes sans repos).
2. Histoire et modernité : du sommeil biphasique à l’ère des écrans

Avant l’industrialisation, le sommeil humain était biphasique, alternant “premier sommeil”, période d’éveil nocturne (lecture, prière, échanges sociaux), puis “second sommeil”. L’arrivée de l’éclairage artificiel, puis des rythmes industriels, a compressé cette structure en un sommeil monophasique nocturne.
Aujourd’hui, écrans, LED bleues (inhibition de la mélatonine), hyperconnexion et sollicitations sociales réduisent la durée moyenne de sommeil à 7 h, contre 8–9 h aux époques préindustrielles. S’y ajoutent des facteurs environnementaux récents : pollution atmosphérique inflammatoire, stress chronique, perturbation circadienne, contribuant à un risque accru de déclin cognitif et de démence.
3. Mélatonine : rôle circadien, anticancéreux et neuroprotecteur
La mélatonine, produite par l’épiphyse à partir de la sérotonine, est contrôlée par le noyau suprachiasmatique. La lumière inhibe sa sécrétion, l’obscurité l’active.
3.1 Rôle circadien et vieillissement
La sécrétion de mélatonine diminue avec l’âge (sa synthèse chute à partir de 40 ans !) et dans la maladie d’Alzheimer la chute est précoce et sévère.
3.2 Propriétés neuroprotectrices
De multiples études soulignent :
- Antioxydation puissante, réduction du stress oxydatif, facteur majeur de neurodégénérescence.
- Effet anti-amyloïde : inhibition de l’agrégation et facilitation de la clairance du peptide β-amyloïde (Pappolla et al., 1998).
- Effet anti-tau : réduction de l’hyperphosphorylation.
- Régulation circadienne, améliorant cognition et comportement.
Elle joue aussi un rôle protecteur potentiel contre le cancer du sein, via des mécanismes antiœstrogéniques, antioxydants et régulateur circadien.
. Le travail de nuit, en inhibant la mélatonine, est associé à un risque accru de cancers et de déclin cognitif.
4. Le « brain washing » : le système glymphatique

Le système glymphatique, découvert par Nedergaard en 2012, est un réseau d’élimination des déchets neuronaux fonctionnant presque exclusivement pendant le sommeil profond.
Les astrocytes, via les canaux aquaporine-4, permettent l’entrée de liquide céphalorachidien qui “nettoie” les espaces interstitiels et élimine :
- β-amyloïde,
- protéine tau,
- métabolites inflammatoires.
Le stress sévère, l’inflammation ou la privation de sommeil désorganisent ce système.
Le manque chronique de sommeil entraîne accumulation de β-amyloïde, observée dans des études d’imagerie chez l’humain [Ju et al., 2014 ; Spira et al., 2013].
Une méta-analyse importante (Bubu et al., 2017) montre que le sommeil fragmenté augmente significativement le risque de maladie d’Alzheimer.
5. Sommeil, inflammation et vulnérabilité psychique
En 2025, une étude majeure (Irwin et al., JAMA Psychiatry 2025) a démontré que les personnes âgées insomniaques exposées à un stress inflammatoire présentent un risque triplé de dépression.
La privation chronique de sommeil fragilise la barrière hémato-encéphalique, laissant passer cytokines et cellules immunitaires, ce qui intensifie l’inflammation cérébrale et favorise les symptômes dépressifs.
Cela souligne l’importance d’intervenir précocement sur l’insomnie chez la personne âgée.
6. Approches thérapeutiques : actualités 2025
6.1 Approches non médicamenteuses (1ère intention)
- Exposition à la lumière naturelle matin, midi, soir : ancrage circadien.
- Synchronisation biologique : horaires de lever/coucher réguliers, respect du chronotype. Routine pré sommeil de mise au repos des stimuli sonores et lumineux.
- Activité physique adaptée.
- Réduction des siestes longues.
- TCC-I (thérapie cognitivo-comportementale de l’insomnie) : première ligne validée dans toutes les recommandations internationales.
6.2 Approches médicamenteuses et innovations
Mélatonine LP (2–10 mg)
Utile chez les sujets âgés et dans les troubles du rythme circadien. Peu d’effets secondaires.
Hypnotiques classiques
Benzodiazépines et apparentés : efficacité rapide mais risque de dépendance, chutes, troubles cognitifs à terme, diminue le brainwashing; à limiter absolument.
7. Antagonistes des récepteurs de l’orexine (DORAs) : une révolution thérapeutique
Le système de l’orexine (OX1R / OX2R), situé dans l’hypothalamus, est un pivot de l’éveil et de l’état de vigilance.
La découverte que l’insomnie pouvait résulter d’une hyperactivation de ce système a conduit au développement des Dual Orexin Receptor Antagonists (DORA).
7.1 Principaux DORA
- Suvorexant (Belsomra®)
- Lemborexant (Dayvigo®)
- Daridorexant (Quviviq®)
7.2 Mécanisme d’action
Les DORA bloquent simultanément OX1R et OX2R → diminution de l’éveil → initiation et maintien du sommeil.
7.3 Avantages
- Induction d’un sommeil proche du sommeil physiologique, contrairement aux hypnotiques classiques.
- Pas d’inhibition globale du SNC → moins de risque de chutes ou confusion.
- Faible risque de dépendance, pas d’effet rebond notable.
- Amélioration significative de la qualité de l’éveil diurne (notamment démontré pour Daridorexant).
- Augmentation du brainwashing.
7.4 Focus sur Daridorexant (Quviviq®)
Daridorexant est le DORA le plus récent, conçu pour une demi-vie courte (≈ 8 h), afin de préserver un éveil optimal le lendemain.
Les essais cliniques démontrent :
- amélioration significative du temps total de sommeil,
- réduction du temps d’éveil après endormissement, réendormissement facile en seconde partie de la nuit.
- amélioration de la qualité de vie diurne (score IDSIQ).
Sa bonne tolérance en fait une option privilégiée dans l’insomnie chronique, y compris chez les séniors.
Conclusion
Le sommeil est une fonction biologique complexe, indispensable au maintien de la santé cérébrale, immunitaire et psychique. Les découvertes récentes sur le système glymphatique et le rôle central de l’orexine transforment notre compréhension du lien entre sommeil, neuroprotection et vieillissement.
Les DORAs, en particulier Daridorexant, représentent en 2025 une avancée majeure offrant un sommeil plus naturel et mieux toléré que les hypnotiques traditionnels. À l’heure où la privation de sommeil, l’inflammation et les troubles neurodégénératifs constituent un enjeu médical croissant, la prise en charge intégrée—chronobiologique, comportementale et pharmacologique—devient plus essentielle que jamais.
Dr Catherine de Goursac

Experte dans les techniques de médecine esthétique depuis 30 ans. Enseignante à la faculté de médecine depuis 2017, membre du CA de l’AFME : Association Française de Médecine Esthétique, membre du CA du SNME : Syndicat National de Médecine Esthétique, membre définitif de la Société française de médecine esthétique.
Références (sélection)
- Irwin MR, Boyle CC, Cho JH, et al. Inflammatory Exposure and Depression in Older Adults With Insomnia. JAMA Psychiatry. 2025;82(9):859-867.
- Pappolla MA et al. Melatonin prevents Alzheimer pathology. J Pineal Res. 1998.
- Ju YS et al. Sleep and amyloid deposition. Ann Neurol. 2014.
- Spira AP et al. Sleep duration and β-amyloid burden. JAMA Neurol. 2013.
- Bubu OM et al. Sleep, cognition and Alzheimer’s disease: meta-analysis. Sleep. 2017.
- Dauvilliers Y et al. Daridorexant in insomnia: efficacy and safety. Lancet Neurol. 2022.
- Nedergaard M et al. Glymphatic system discovery. Sci Transl Med. 2012.

