Dr Evelyne Reyt et Dr Jean-François Bezot
Le microbiote intestinal fait l’objet d’une attention croissante dans la longévité et la maladie, mais le microbiote oral reste relativement négligé, malgré son rôle crucial dans la régulation de l’inflammation, du métabolisme et de la fonction immunitaire.
La cavité buccale abrite l’un des écosystèmes les plus complexes et les plus dynamiques du corps humain, avec plus de 700 espèces microbiennes, dont des bactéries, des champignons et des virus. Cet écosystème maintient un équilibre microbien et l’homéostasie immunitaire dans la cavité buccale saine. Mais la dysbiose, déclenchée par l’alimentation déséquilibrée, le tabagisme, le stress ou une maladie systémique, entre autres, peut entraîner une gingivite, une parodontite et des caries dentaires, puis déclencher des cascades inflammatoires dans et au-delà de la cavité buccale. Par exemple, les agents pathogènes tels que Porphyromonas gingivalis et Fusobacterium nucleatum sont liés au cancer colorectal, pancréatique et buccal, par des mécanismes impliquant l’inflammation, l’évasion immunitaire et les dommages à l’ADN. Ces microbes buccaux peuvent se déplacer vers l’intestin, altérant les communautés microbiennes et la perméabilité intestinale, et alimenter l’inflammaging, l’inflammation chronique de bas grade associée au vieillissement biologique.

Ces microbes peuvent ensuite migrer par la veine porte dans le sang, qui remonte vers le foie.
Une étude américaine, publiée dans la revue Neurology Open Access de l’Académie américaine de neurologie, portant sur 6 000 patients suivis sur 20 ans, précise que la combinaison d’une parodontite et de caries pourrait presque doubler le risque d’AVC ischémique, lié à l’obstruction des artères. L’inflammation chronique et la présence bactérienne favoriseraient la fragilisation des plaques et leur rupture. L’inflammation buccale chronique contribue également à la dysfonction vasculaire, à la résistance à l’insuline et à la neurodégénérescence. La génétique, la géographie et le mode de vie façonnent tous la diversité microbienne buccale, soulignant la nécessité d’une stratégie de prévention et de traitement personnalisés.
En pratique, l’hygiène bucco-dentaire est conseillée avec un détartrage une fois par an, brossage des dents deux fois par jour, et l’usage des brossettes interdentaires, les brossettes interdentaires étant plus efficaces que le fil dentaire pour une bouche en excellent état.
Le profilage du microbiote oral permet la détection des microbes indésirables et la prévention précoce du déclin lié à l’âge.

C’est une analyse à intégrer en routine dans le bilan personnalisé de prévention annuel en médecine de la longévité (Médecine P4 ©), pour rétablir l’équilibre microbien et ralentir le vieillissement biologique. La santé bucco-dentaire pourrait jouer un rôle important dans la prévention des maladies neurodégénératives (Alzheimer, Parkinson) et des AVC, et autres pathologies liées au vieillissement.
Le microbiote oral est un biomarqueur du vieillissement précoce, accessible, et un déterminant modulable de l’ espérance de vie en état de bien être.
Dr Evelyne Reyt

Médecin spécialisée en médecine de la longévité, pionnière du concept de medical spa à l’Evian Royal Resort. Experte des cellules souches et de la reprogrammation épigénétique, elle développe des protocoles personnalisés dédiés à la régénération et au mieux-vieillir.
Dr Jean-François Bézot

Biologiste médical. Docteur en pharmacie, Faculté de pharmacie de Paris. Ancien interne des Hôpitaux de Paris. Spécialisé depuis 1988 en biologie anti-âge et en protéomique fonctionnelle. Membre définitif de la Société Française de Médecine Esthétique. Conférencier international. Chargé de cours au DUMAA (Université Paris Créteil).
Plus d’infos : biopredix.com



