Dr Fabienne Marchand Lamiraud
Données physiopathologiques, indications et retour d’expérience clinique.
Le plasma riche en plaquettes (PRP) est utilisé depuis de nombreuses années dans différentes aires thérapeutiques. Cependant son application en gynécologie est plutôt récente et peu connue, mais en cours de développement, notamment dans la prise en charge du lichen scléro-atrophique (LSA).
Qu’est-ce que le PRP ?

Le plasma obtenu après une centrifugation d’un prélèvement sanguin est riche en plaquettes. Ces dernières, dont le rôle dans l’hémostase est bien connu, fournissent des facteurs de croissance essentiels qui jouent un rôle dans la multiplication des cellules souches et stimulent les fibroblastes qui vont alors libérer du collagène (densité et épaisseur de la muqueuse), de l’élastine (souplesse des tissus) et de l’acide hyaluronique (hydratation), tout en favorisant la néovascularisation [1-2].
Les indications du PRP en gynécologie
Sécheresse et atrophie vulvovaginale, lichen scléro-atrophique, cicatrices périnéales obstétricales ou chirurgicales, vulvodynies (notamment idiopathiques), incontinence urinaire légère, fertilité (ovaires, endomètre).
Le lichen scléro-atrophique ou lichen vulvaire, est une maladie chronique inflammatoire qui provoque des lésions évolutives de la vulve, de l’orifice vaginal, du périnée, et de la région anale, avec d’importantes répercussions fonctionnelles. Parfois, le LSA est asymptomatique et diagnostiqué lors d’une consultation systématique [3]. Le LSA peut toucher les femmes de tout âge, mais il est essentiellement constaté chez les femmes ménopausées. Toutefois, il existe des atteintes chez les jeunes filles (lichen pubertaire) ou chez les petites filles (lichen pédiatrique). Dans ces cas, le LSA a tendance à s’aggraver à la ménopause. L’évolution se fait par alternance de phases de récidives et de rémissions (diminution des phases de rémission, si le LSA commence tard (au-delà de 70 ans)). Le risque de cancérisation est non négligeable (6 % des cas) se faisant vers une néoplasie intraépithéliale vulvaire différenciée ou un carcinome épidermoïde. Cette évolution néoplasique se rencontre essentiellement en cas de mauvaise observance du traitement avec des dermocorticoïdes [4].
Traitements du lichen scléro-atrophique
Le traitement est indispensable pour freiner l’évolution de la maladie et ne doit pas être interrompu, afin d’éviter toute récidive ou cancérisation. Le traitement de référence est l’utilisation des dermocorticoïdes (clobétasol 0,05 %) en doses d’attaque, puis d’entretien, avec un suivi médical régulier. Ce traitement diminue la symptomatologie clinique, notamment le prurit et les douleurs, ralentit l’évolution de la maladie, mais ne peut ni la guérir ni régénérer les tissus atteints. C’est pourquoi d’autres thérapeutiques ont été proposées depuis peu.
Mon expérience personnelle sur 2 ans

J’ai traité 77 patientes de janvier 2024 à décembre 2025, soit plus de 230 injections vulvaires de PRP, chaque patiente bénéficiant de 2 à 3 injections de PRP à 1 mois d’intervalle selon le degré d’atteinte vulvaire, certaines ont eu besoin de 4 voire 5 injections si le lichen est étendu, ancien et évolutif. En 2024, sur 28 patientes 19 ont eu rapidement une très nette amélioration sur le prurit, les brûlures et les douleurs vulvaires soit 67,8 %. Toutes ont constaté une souplesse des tissus et un répulpage de la vulve notamment des petites lèvres. Les rapports sexuels sont devenus moins douloureux puis même indolores. En 2025 sur les 49 patientes traitées, 33 ont eu les mêmes résultats, soit 67,34 %. Beaucoup de patientes traitées ont pu refaire du vélo, s’habiller sans contrainte (pantalons serrés, certains sous-vêtements, etc.) Elles disent avoir retrouvé leur féminité et leur confiance en elle, et être satisfaite de pouvoir revivre en toute liberté et de vivre sans penser à leur vulve ! Celles qui avaient une épisiotomie douloureuse en plus de leur lichen ont vu disparaître la douleur cicatricielle et 5 patientes atteintes de lichen scléreux sous hormonothérapie pour un cancer du sein ont constaté une amélioration clinique nette. Sur ces 55 patientes très satisfaites, 12 ont déclaré lors de l’appel téléphonique à 6 mois, ne plus appliquer de dermocorticoïdes 1 mois après la dernière injection et 10 n’en mettent toujours pas 1 an plus tard, ce qui traduit la régression de la maladie comme le témoigne les photos prises à 1 an ou 18 mois d’intervalle. On peut donc constater que sur les 77 patientes, 86 % d’entre elles ont eu une nette amélioration significative avec une régression des signes clinique du lichen, une reprise de leur vie sexuelle pour la plupart d’entre elles et un retour à une qualité de vie au quotidien, avec soit un arrêt des dermocorticoïdes soit une diminution de la fréquence d’application.
Le PRP est une avancée majeure qui améliore grandement la qualité de vie des femmes dans leur quotidien et dans leur sexualité. Le PRP a un intérêt tout particulier dans le LSA, car il stoppe l’évolution de la maladie, la fait régresser et par conséquent diminue le risque d’une cancérisation.
Références
1. Fountain JH, Lappin SL. Physiology, Platelet. Treasure Island (Fl): StatPearls publishing, 2025.
2. Joscilin M et al. Physiology, Blood plasma. Treasure Island (FL): StatPearls publishing, 2025.
3. De Luca DA et al. Lichen sclerosus; the 2023 update, FrontMed (Lausanne), 2023;10:1106318,
4. Halonen P etal. Lichen sclerosus ‘and risk of cancer. Int | Cancer 2017;140(9):1998-2002,
Dr Fabienne Marchand Lamiraud

Chirurgien gynécologue, médecine et chirurgie réparatrice de l’intime, médecine esthétique. Elsan Santé Atlantique, Nantes Diplômée de la Faculté de Paris Créteil en Gynécologie Esthétique (CUMEG).Membre de l’AMME et de l’AFME. Membre de l’European LED Academy.

