A l’ère de la recherche du naturel, la toxine botulique n’a jamais été autant plébiscitée.
Anti Age & Longevity Magazine a interviewé le Dr Laurie Saloner, experte dans les injections de toxine botulique.
Anti Age & Longevity Magazine: Comment fonctionne la toxine botulique ?

Dr Laurie Saloner : La toxine botulique est produite par une bactérie appelée Clostridium botulinum. La toxine botulique de type A bloque l’échange de l’acétylcholine par exocytose au niveau neuromusculaire, ce bloquage permettant l’absence de contraction du muscle qui va être myomodulé par cette toxine. Il s’agit d’un principe chimique qui est totalement reversible car le corps ne conserve pas de toxine sur du long terme (elle se résorbe entre 4 à 6 mois selon les individus). Pour rappel, la toxine botulique à visée esthétique est un traitement médical qui doit impérativement être utilisé par des médecins agréés (dermatologues, chirugiens esthétiques, chirurgiens du visage et ORL, maxillo-facial et ophtalmologues).
AA&LM : Quelle est son origine ?
DR. L.S. : Elle a été au départ utilisée en ophtalmologie pour soigner les spasmes des muscles oculomoteurs. En France la spécialité de toxine botulique a obtenu l’Autorisation de Mise sur le Marché ( AMM) en 2003. Elle est très utilisée en médecine esthétique sur la zone du front sachant que seules deux toxines disposent d’une AMM sur trois zones : la glabelle, le front et la région péri-oculaire, Bocouture ayant cette autorisation d’injection sur toutes ces zones.
AA&LM : Quelle va être la meilleure indication de la toxine ?
DR. L.S. : C’est pour moi la lutte contre le vieillissement par excellence et Le traitement le plus efficace en médecine anti-âge, la puissance même de la médecine esthétique. C’est aussi, dans l’ère actuelle, qui recherche une restauration, une préservation ou un maintien des volumes, le traitement le plus adapté au bien vieillir. Il faut bien comprendre que la toxine ne va pas modifier la structure anatomique du visage mais qu’elle va accompagner le vieillissement en diminuant la force musculaire. L’idée maitresse de la toxine : que vous puissiez « rebouger » après le traitement en conservant assez de force musculaire pour ne pas figer vos expressions mais pas suffisamment de force musculaire pour briser votre peau. C’est cela une ride : une contraction excessive du muscle qui a un impact sur le derme, la contraction musculaire devenant avec le temps de plus en plus puissante. L’avantage de la toxine en diminuant est cette force de permettre à la peau de se restaurer avec le temps. Je souligne aussi que c’est un traitement qui complètement va se résorber naturellement.
AA&LM : Comment expliquer le look figé et y remédier ?

DR. L.S. : Il y a eu effectivement une période du « tout figé », le fameux « frozen look » avec des femmes sans expression mais on s’est rendu compte que le fait de ne plus avoir d’expression n’était pas forcément synonyme de paraitre jeune. Quand on regarde certaine actrice par exemple dans Desperate Housewives, celle qui est la plus figée apparait paradoxalement comme la plus âgée car elle a perdu son naturel. Pour éviter cet effet, il faudra être subtile dans son approche. Une toxine pure (comme Bocouture) qui va non seulement respecter une activité musculaire sous jacente mais c’est également une toxine dite précise, sa puissance de diffusion étant contrôlée. Par exemple quand je vais identifier des points d’injection sur le visage, je vais délimiter mes zones d’injection en choisissant d’en préserver certaines pour garder une mobilité de certains muscles comme dans le cas de la zone du sourcil. On sait que le muscle frontal, seul muscle élévateur du sourcil est responsable des rides horizontales du front. Ce sera donc sur ce muscle que l’on va agir mais avec discernement sans l’annihiler complètement. Un vrai dilemme ! C’est dans ce cas de figure que l’on va avoir besoin d’une toxine précise pour jouer en finesse sur les plaques neuro-musculaires. Bocouture est une toxine avec une action précise qui va permettre un ciblage très juste. Elle peut diffuser à 1 cm autour des points d’injection.
AA&LM : Attention aux muscles agonistes et antagonistes ?
DR. L.S. : En effet en réduisant l’activité d’un muscle, on développe l’intensité d’un autre. C’est une véritable balance musculaire. Sur la tendance “baby botox” dont on parle beaucoup, le principe est d’injecter de toutes petites zones pour les bloquer. Mais ces injections vont renforcer l’activité des muscles antagonistes qui se trouvent à proximité au risque de créer des rides où elles n’existaient pas. Cela se voit pour des jeunes filles qui vont avoir des rides au niveau de la glabelle (ride du lion) lors d’expositions solaires et vont souhaiter n’avoir un traitement que sur cette zone avec pour conséquence d’augmenter la force du muscle frontalis qui est élévateur du sourcil et donc faire apparaître des rides horizontales sur le front qui n’existait pas avant le traitement. Par ailleurs, en débutant les injections de toxine très jeune, il est important de choisir une toxine pure, pour ne pas développer dans le temps une « résistance à la toxine » compromettant après plusieurs années l’efficacité du traitement.
AA&LM : Quelles sont les différences entre les toxines ?
DR. L.S. : Outre cette diffusion ciblée, la première différence entre les toxines est la pureté du produit. Bocouture par exemple ne produit pas d’anticorps « anti-toxine » donc le patient sera moins résistant à son action. Cette particularité est intéressante pour des retouches même à distance dans le temps car le praticien n’aura pas peur de générer des anticorps. La seconde pourrait être la durée mais la majeure partie des études montrent une durée équivalente entre les toxines disponibles sur le marché. Enfin concernant Bocouture, c’est une toxine stable et elle n’a pas besoin d’être conditionnée au froid, donc le risque d’abimer le produit à température ambiante est inexistant.
AA&LM : Quelles sont les grandes tendances et les bonnes combinaisons de procédure ?
DR. L.S. : Pour moi, ce qui fera l’avenir de la toxine est le full face. Avant on se concentrait essentiellement sur le tiers supérieur du visage avec la toxine mais aujourd’hui on privilégie une approche globale de préservation des volumes, le but étant de conserver la structure du visage. On s’est rendu compte que les muscles qui tiraient le visage vers le bas entraînant la perte de la jawline, l’apparition des cordes platysmales, voir les sillons nasogéniens vont se renforcer en vieillissant. La toxine utilisée en prévention va bloquer ces muscles dépresseurs et par conséquence va activer les muscles releveurs notamment les grands et petits zygomatiques qui atténuent la formation des sillons naso-géniens entre autres. En combinaison, il y a bien sûr l’acide hyaluronique qui dure de plus en plus longtemps et l’hydroxyapatite de calcium qui vont redensifier la peau. La bonne combinaison pour moi est la toxine en prévention et un inducteur tissulaire pour stimuler la production de collagène.
AA&LM : Quand commencer la toxine ?
DR. L.S. : En prévention relativement jeune vers 30 ans mais généralement dès que l’on aperçoit une brisure cutanée qui ne vas pas s’atténuer avec des crèmes. L’intérêt de la toxine c’est que l’on ne revient jamais à l’état d’avant. A force d’en faire, la force de contraction diminue dans le temps et les séances pourront être plus espacées.
AA&LM : La toxine se démocratise-t-elle ?
DR. L.S. : Oui, car comme l’on recherche de plus en plus un effet naturel, la toxine est à la mode et s’est « dédiabolisée ». Par ailleurs une nouvelle ère de la toxine apparait avec de nouvelles études parues sur l’amélioration de la qualité de peau mais aussi sur la densité capillaire ou encore le traitement de la couperose. C’est l’idée du
« mésobotox » qui va permettre de myomoduler l’activité vasculaire et cutanée avec des injections très superficielles. Peut-être une nouvelle indication de la toxine en mésothérapie ?
Dr Laurie Saloner

Chirurgien du visage et du cou et rhinoplasticienne, enseignante dans le diplôme universitaire de chirurgie esthétique du visage depuis de nombreuses années, ancienne praticienne hospitalière mon statut m’a permis d’enseigner l’anatomie du visage au travers de nombreuses chirurgies mais aussi lors de dissection à des générations d’internes. J’ai une approche de préservation et d’amélioration du visage dans le but de prévenir le vieillissement sans déformer les volumes graisseux existants.

