Par le Dr Catherine de Goursac
La prégnénolone : neurostéroïde clé, réserve cognitive et vulnérabilité cérébrale liée à l’âge
Rôle central dans la stéroïdogenèse
La prégnénolone est une hormone stéroïdienne majeure, souvent qualifiée de « molécule mère », voire de « grand-mère » des hormones stéroïdes, car elle constitue le précurseur commun de la majorité des hormones surrénaliennes et sexuelles.
Elle est synthétisée à partir du cholestérol, sous l’action de l’enzyme mitochondriale CYP11A1 (P450scc). Ainsi, toute situation de dénutrition lipidique, d’hypocholestérolémie ou d’anorexie mentale est susceptible d’induire une déficience fonctionnelle en prégnénolone, avec des répercussions endocriniennes et neurologiques majeures.
La prégnénolone est produite dans les glandes surrénales,les gonades et le cerveau, notamment dans l’hippocampe, le cortex préfrontal et le cortex temporal, ce qui en fait un neurostéroïde à part entière.
Cascade simplifiée de la stéroïdogenèse
Cholestérol
↓
Prégnénolone
↓
Progestérone ──→ Cortisol
│
├─→ Aldostérone
│
└─→ Androgènes → Œstrogènes
Donc sans cholestérol : pas de prégnénolone, donc pas de cortisol, pas de DHEA, pas de progestérone ni d’hormones sexuelles.
Stress chronique et « vol de prégnénolone »

En situation de stress chronique, il existe une orientation préférentielle de la prégnénolone vers la synthèse du cortisol, au détriment de la progestérone, de la DHEA et des hormones sexuelles.
Ce phénomène est classiquement désigné sous le terme de « pregnenolone steal ».
Aspects biologiques : quel dosage privilégier ?
Sur le plan biologique, le dosage du sulfate de prégnénolone (PREG-S) est préférable à celui de la prégnénolone libre.
Pourquoi le PREG-S ? elle a unedemi-vie plus longue, c’est la forme de réserve biologiquement active, la variabilité interindividuelle moindre.
Le PREG-S reflète davantage la réserve neurostéroïdienne que la production instantanée.
Évolution physiologique avec l’âge
- Pic de synthèse : 20–25 ans
- Dès la trentaine : début d’une baisse physiologique progressive
- Accélération du déclin entre 40 et 50 ans
Chez la femme

La périménopause s’accompagne d’une désorganisation de l’axe ovarien, d’une augmentation de la demande surrénalienne, d’une consommation accrue de prégnénolone.
Chez l’homme
Le déficit peut être plus précoce et parfois plus symptomatique, notamment sur le plan cognitif et adaptatif au stress.
Après 60 ans
On observe une réduction de la synthèse cérébrale de prégnénolone, corrélée avec le déclin cognitif lié à l’âge et une fragilité neuronale accrue.
Variabilité interindividuelle et terrain familial
Il existe une variabilité interindividuelle majeure, observée quotidiennement dans ma pratique clinique et le plus souvent corrélé avec les antécédents familiaux de démence ou de maladie d’Alzheimer, mais aussi de la nutrition lipidique, du stress chronique,
Certains patients de 40 ans présentent des taux comparables à ceux de sujets de 70 ans.
Rôle cérébral et cognitif de la prégnénolone
La prégnénolone est un neurostéroïde cérébral actif, avec un rôle direct sur la mémoire, la concentration, l’humeur, la plasticité synaptique.
Le Pr Pierre-Émile Baulieu la qualifiait d’« hormone de la mémoire ». Elle agit via la modulation des récepteurs GABA-A donc effet anxiolytique léger, amélioration de la clarté cognitive et la modulation des récepteurs NMDA donc facilitation de l’apprentissage et de la mémoire
En amont de la synthèse du cortisol, la prégnénolone participe à la régulation de l’axe hypothalamo–hypophyso–surrénalien, jouant un rôle clé dans l’adaptation au stress.
Lien avec APOE ε4 et maladie d’Alzheimer
Chez les porteurs de l’allèle APOE ε4, y compris asymptomatiques , le transport du cholestérol cérébral est moins efficace et on a une réduction de la disponibilité du substrat nécessaire à la synthèse de la prégnénolone.
Donc moins de cholestérol neuronal engendre moins de prégnénolone cérébrale, parfois avant toute anomalie biologique périphérique.
Dans la maladie d’Alzheimer la prégnénolone est consommée plus rapidement qu’elle n’est produite par dérivation préférentielle vers les voies de stress et épuisement progressif de la réserve neurostéroïdienne.
Supplémentation : mythe et réalité
Statut réglementaire
- États-Unis : vendue comme complément alimentaire. Les études montrent une vraie variabilité de teneurs en prégnénolone par rapport aux inscriptions données.
- France / Europe : c’est une hormone donc délivrée seulement sur prescription médicale avec suivi biologique strict.
Données cliniques issues de la pratique
- Valeurs usuelles de PREG-S : 40–120
- Dans ma pratique , après 50 ans, les taux >60 deviennent rares
- Entre 50 et 60 ans, je trouve fréquemment des taux entre 38–45
- Les taux très bas voire indétectables se retrouvent chez mes patients avec antécédents familiaux de démence
Objectif clinique souvent situé autour de 60–70, avec une grande variabilité de réponse liée à la qualité des préparations magistrales.
Temporalité des effets
- J’ai constaté que l’amélioration cognitive est rapportée rarement avant 18–24 mois de supplémentation.
- Les troubles cognitifs étant le résultat de carences prolongées, la correction est lente.
- Les surdosages de supplémentation peuvent entrainer : augmentation de l’excitabilité neuronale, induire une anxiété, une agitation, perturber le sommeil. Mais également une cascade de synthèse de trop d’androgènes.
- Donc lors du suivi biologique, il faut doser la prégnénolone le chef d’orchestre hormonal., mais aussi les produits : cortisol, S DHEA, Androstendone, DHT, œstradiol et progestérone.
Conclusion
La prégnénolone apparaît comme un marqueur central de la réserve neuroendocrinienne et cognitive, à l’interface entre stress, vieillissement, terrain génétique et neurodégénérescence.
Elle ne constitue pas un traitement de la démence, mais probablement un indicateur précoce de vulnérabilité cérébrale, justifiant une approche globale, prudente et individualisée.
Dr Catherine de Goursac

Experte dans les techniques de médecine esthétique depuis 30 ans. Enseignante à la faculté de médecine depuis 2017, membre du CA de l’AFME : Association Française de Médecine Esthétique, membre du CA du SNME : Syndicat National de Médecine Esthétique, membre définitif de la Société française de médecine esthétique.
Références scientifiques (sélection)
- Baulieu EE. Neurosteroids: a new function in the brain. Biol Cell. 1997.
- Mellon SH, Griffin LD. Neurosteroids: biochemistry and clinical significance. Trends Endocrinol Metab. 2002.
- Schumacher M et al. Neurosteroids and myelination. Trends Neurosci. 2007.
- Marx CE et al. Pregnenolone as a novel therapeutic candidate in neuropsychiatric disorders. Neuroscience. 2011.
- Weill-Engerer S et al. Neurosteroids in Alzheimer’s disease. J Clin Endocrinol Metab. 2002.
- Liu M et al. APOE and cholesterol metabolism in the brain. Nat Rev Neurol. 2013.
- Pinna G. Allopregnanolone and neurosteroidogenesis in neurodegenerative disorders. Front Endocrinol. 2020.

