Dr Isabelle Meurgey et Dr Alain Butnaru
Nous avons tous un âge inscrit sur notre carte d’identité. Mais nos muscles, notre cœur ou notre cerveau ne vieillissent pas forcément au même rythme. Peut-on mesurer cette différence et surtout, à quoi cela sert-il ?
UN ÂGE… OU PLUTÔT PLUSIEURS
L’âge chronologique est simple : c’est le nombre d’années écoulées depuis la naissance. L’âge biologique est plus subtil. Il cherche à estimer l’état de fonctionnement de l’organisme en comparant différents marqueurs à ceux de personnes du même âge. Deux sexagénaires peuvent ainsi partager la même date de naissance, mais pas la même tension artérielle, la même masse musculaire, la même capacité respiratoire ni la même réserve métabolique. Il n’existe pourtant pas un âge biologique unique caché dans le corps. Les artères peuvent être bien préservées tandis que les muscles s’affaiblissent ; le cerveau peut rester performant malgré un métabolisme moins favorable. Le résultat dépend donc de ce que l’on mesure : risque cardiovasculaire, inflammation, cognition, force, composition corporelle ou marques moléculaires.

À QUOI CELA PEUT-IL SERVIR ?
L’intérêt n’est pas d’obtenir un chiffre plus flatteur que son âge civil. Il est de repérer plus tôt les domaines qui se fragilisent et sur lesquels il est encore possible d’agir : activité physique, sommeil, nutrition, tabac, pression artérielle, glycémie… Suivies dans le temps, ces données peuvent montrer une trajectoire plus utile qu’une photographie isolée. Mais un “âge biologique de 58 ans” chez une personne de 52 ans n’est ni un diagnostic ni une prédiction de durée de vie. C’est une estimation statistique, dépendante de la méthode et de la population utilisée comme référence. Deux tests différents peuvent donc produire deux résultats différents sans que l’un soit forcément faux.
LE CORPS DONNE DÉJÀ DES INDICES TRÈS CONCRETS
Les tests les plus parlants sont parfois les moins spectaculaires. La force de préhension, mesurée en serrant un dynamomètre, renseigne sur la force musculaire globale. La vitesse de marche reflète à la fois les muscles, l’équilibre, le système nerveux et les capacités cardiorespiratoires. Le test Timed Up and Go, se lever d’une chaise, marcher trois mètres, faire demi-tour et se rasseoir, évalue la mobilité. Le nombre de levers de chaise, l’équilibre sur un pied, la capacité respiratoire ou la VO2 max complètent ce portrait. Ces mesures ne donnent pas toujours un âge en années, mais elles sont directement liées à ce qui compte : rester mobile, éviter les chutes, conserver son indépendance et tolérer un effort. Elles permettent aussi de fixer des objectifs simples et de vérifier les progrès.
ET LES HORLOGES ÉPIGÉNÉTIQUES ?

Ces tests analysent la méthylation de l’ADN, de petites marques chimiques qui évoluent avec l’âge, l’environnement et la santé. Les premières horloges, comme celles de Horvath ou de Hannum, cherchaient surtout à prédire l’âge chronologique. Les générations suivantes, comme PhenoAge ou GrimAge, reflètent davantage le risque de maladie et de mortalité. DunedinPACE va plus loin : elle tente de mesurer non pas seulement un âge, mais une vitesse de vieillissement. Leur sophistication ne doit pas faire oublier leurs limites. Le résultat varie selon l’horloge, le tissu analysé, le laboratoire et le traitement informatique. Un score défavorable ne permet pas de prévoir une maladie précise ni l’espérance de vie d’une personne. Quant à l’amélioration d’une horloge après une intervention, elle ne prouve pas encore que l’on a réellement rajeuni ou gagné des années de vie. Ces outils restent aujourd’hui surtout destinés à la recherche.
LE BON RÉFLEXE : REGARDER LA TRAJECTOIRE
Pour bien vieillir, mieux vaut donc éviter la chasse au chiffre miracle. Le bilan le plus utile associe les facteurs de risque classiques (tension artérielle, glycémie, lipides, fonction rénale, tabagisme) aux capacités concrètes (force, marche, équilibre, souffl e et cognition). Une horloge moléculaire peut éventuellement compléter ce tableau, mais elle ne doit pas le remplacer La vraie question n’est pas : “Quel âge mon corps affi che-t-il aujourd’hui ?” Elle est plutôt : “Quelles fonctions dois-je préserver, et dans quelle direction évoluent-elles ?” Car l’objectif n’est pas de rajeunir sur le papier, mais de rester longtemps autonome, solide et en bonne santé.
Dr Isabelle Meurgey

Docteur en médecine anti-âge et esthétique. Faculté de médecine de Rouen. Spécialisée en médecine préventive et Anti-Âge depuis 1997. Membre définitf de la Société Française de Médecine Esthétique.
Dr Alain Butnaru

Diplômé de la Faculté de Médecine de Paris Médecine Esthétique et Anti-Âge depuis 1985. Membre définitif de la Société Française de Médecine. Esthétique Diplômé en Médecine Morphologique et Anti-Âge.
