Dr Harold Eburdery
ANTI-AGE & LONGEVITY MAGAZINE : Pourquoi le GLP-1 change-t-il profondément les approches en médecine esthétique ?
Dr Harold Eburdery : Nous sommes confrontés à des patients qui perdent beaucoup de poids en très peu de temps et souvent à des âges où l’élasticité n’est plus tout à fait aussi bonne que dans leur prime jeunesse. Les patientes qui viennent me voir au cabinet sont essentiellement des femmes qui ont entre 40 et 50 ans et à cet âge une perte de poids de 10 à 20 kilos dénature beaucoup leur visage à deux niveaux essentiellement : une perte de volume et une perte de la qualité de la peau avec une plus grande laxité comme si la peau du visage n’était plus fixée aux structures profondes, ce qui entraîne un vrai relâchement. En réalité, elles se plaignent souvent plus d’un relâchement que d’une perte de volume.
AALM : Comment peut-on réagir face à ce phénomène ?
Dr. H.E. : Si on parle de médecine esthétique, ce sera de jouer sur ces deux volets, à la fois le comblement pour la perte de volume et tous les traitements de qualité de peau notamment avec les inducteurs de collagène qui vont rétablir de l’élasticité et du maintien. Ce sont même ces traitements que je mettrai en premier dans mon arsenal thérapeutique car si on ne répond que par du comblement, on va rajouter du volume sans traiter le relâchement. Le volume ne sera pas au bon endroit et si on en abuse il risque même d’aggraver l’affaissement. Alors que si on prend en charge le relâchement on assiste à une amélioration immédiate du ressenti de la patiente et cette amélioration structurelle du visage va permettre par la suite de faire du comblement efficace et au bon endroit.
AALM : Quelles sont les parties du visage qui perdent le plus ?
Dr. H.E. : Indéniablement la perte de volume du tiers moyen du visage. Ceci va entrainer un affaissement de tout l’étage sous jacent avec aggravation du sillon nasogénien, du pli d’amertume et de la bajoue et relâchement de la « jawline » et du cou. La perte de volume malaire met également en exergue le cerne creux et son prolongement dans la vallée des larmes. C’est en fait comme pour un vieillissement « classique » mais en accéléré ! En traitement inducteur on peut citer essentiellement l’acide Poly-L-lactique et l’hydroxyapatite de calcium (CaHA). Je privilégie le premier car mon expérience est plus importante avec cet inducteur avec plus de recul. Le PLLA est un produit utilisé depuis de nombreuses années pour le traitement de la perte de laxité et de volume au niveau du tiers moyen du visage. Ces dernières années la méthode d’injection a évolué de bolus profonds et concentrés vers un nappage superficiel bien plus dilué ce qui a permis d’améliorer significativement sa tolérance. C’est maintenant un traitement sûr et efficace, très simple à mettre en œuvre.
AALM : Après arrêt du traitement GLP-1, il peut y avoir une reprise de poids. Comment gérez vous cet effet « Yoyo » ?

Dr. H.E. : On imagine bien qu’une partie des patients va reprendre du poids, il faut donc le prendre en compte dans le choix du traitement. C’est un argument de plus pour privilégier un traitement basé sur la qualité de peau et la fixité plutôt que sur le volume. Par exemple, je ne me risquerais pas à proposer un lipofilling du visage car je ne veux pas me risquer à ajouter de la graisse dans un visage en sachant qu’il peut y avoir reprise de poids. Mon premier choix sera donc un traitement inducteur de collagène « structurant » pour le visage éventuellement complété par un traitement « volumateur » réversible par acide hyaluronique.
AALM : Etes-vous confronté à une arrivée « massive » de patients sous GLP-1 ?
Dr. H.E. : Massif non, pas encore mais on sent qu’il se passe quelque chose. Depuis une année environ je suis confronté à des demandes de plus en plus régulières et récurrentes. Ce sont des patients qui n’ont pas tout à fait le même profil et la même demande que des patients « post-bariatriques » après bypass ou sleeve qui ont plutôt une demande de réparation centrée sur le corps. Ce sont plus des patientes d’une quarantaine d’années, qui n’ont jamais été obèses mais plutôt en surpoids et qui ont trouvé la clé pour perdre 15 kilos. Elles sont très contentes d’avoir perdu ces 15 kilos, se sentent mieux dans leur corps mais s’aperçoivent très vite des répercussions de leur amaigrissement sur leur visage. Il s’agit essentiellement souvent de patientes bien informées, très au fait des procédures de médecine esthétique et souvent déjà consommatrices.
Il n’est pas rare qu’elle consulte dès le démarrage de leur traitement par analogues de GLP1 pour mettre en place des traitements inducteurs en « prévention » du relâchement attendu de leur visage.
Dr Harold Eburdery

Exerce la chirurgie plastique et esthétique ainsi que la médecine esthétique à Lyon. Formé en chirurgie plastique et en anatomie en France et en Suisse, il est titulaire de diplômes en chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique, en microchirurgie ainsi qu’en techniques d’injections esthétiques. Il participe activement à l’enseignement médical à travers des communications orales lors de congrès internationaux (IMCAS, AMWC, SOFCEP).
Infos : docteureburdery.com

